« La COP28 ou le dernier clou sur le cercueil d’une illusion pour sauver la planète » par Chems Eddine CHITOUR, Professeur Ecole Nationale Polytechnique


Publié le : 27 décembre 2023

«Mon père chevauchait un chameau, je roule en Cadillac, mon fils vole en jet, son fils chevauchera un chameau.»
(Proverbe arabe)

Résumé
Cette boutade est provocante pour bien marquer la tragédie de l’errance climatique et ses conséquences désastreuses pour les damnées de la Terre. L’Opep n’est toujours pas une réelle alternative civilisationnelle pour assurer une transition vers le développement humain durable, capable d’être une alternative élégante à la lutte contre les changements climatiques. Les prix du pétrole sont vus comme la bouée de sauvetage de l’économie rentière. Après l’âge d’or de l’Opep, les années 1970 avec Fayçal et Boumediene, qui avaient une vision de l’arme du pétrole pour le développement, une politique juste pour le problème palestinien, nous avons eu des dirigeants qui se sont installés dans les temps morts.
La particularité de l’organisation de cette kermesse (zerda) à un pays dont le président de la compagnie pétrolière Adnoc véritable pyromane – pompier a le mérite de montrer qu’il mettait en doute les résultats du GIEC, ensuite qu’il menaçait si on s’attaquait aux énergies fossiles de nous renvoyer dans les grottes. La seule certitude en dehors d’un langage ambigu est le record de pollution pour 70 000 participants et plusieurs centaines de jets pour les grands de ce monde. Une déception amère que l’on résume ; le deal est de ne pas toucher au pétrole et gaz, en mobilisant les énergies fossiles à tripler d’ici 2030, verdir un combustible dangereux, le nucléaire et promettre que la science nous permettra de continuer à brûler des énergies fossiles même en 2050 en séquestrant le CO2. Rien n’est moins sûr !
On peut s’interroger au vu des résultats à quoi ont servi ces 30 manifestations. Souvenons-nous, la COP21 à Paris fut une vaste tromperie, on promettait le nirvana avec un accord non contraignant de décroître de 2 milliards de tonnes de CO2 par an passant de 30 à 16 milliards de tonnes. Résultat : nous sommes à plus de 40 milliards de tonnes. On en vient au désespoir à moins de faire de l’errance climatique une cause mondiale par la création d’un conseil de sécurité de la Terre qui aura à édicter des injonctions contraignantes avec la nécessité de payer pour la pollution causée. Peut-être qu’on y arrivera si ce n’est pas trop tard à la COP 40 avec une prise de conscience.

Le démarrage laborieux de la COP28 déni et hubris d’un président
Le secrétaire Guterres de l’ONU a déclaré à l’ouverture de la COP 28 aux délégués de la COP28 : «La science est claire : la limite de 1,5°C n’est possible que si nous arrêtons finalement de brûler tous les combustibles fossiles. Ni réduire ni diminuer. Suppression progressive, avec un calendrier clair». Le président de la Cop28, Sultan Al Jaber, a affirmé qu’il n’existait «aucune science» indiquant qu’une élimination progressive des combustibles fossiles était nécessaire pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, «à moins que vous ne vouliez ramener le monde dans des grottes». «Il est incroyablement préoccupant et surprenant, déclare le professeur Sir David King d’entendre le président de la Cop28 défendre l’utilisation des combustibles fossiles. Il est indéniable que pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, nous devons tous réduire rapidement les émissions de carbone et éliminer progressivement l’utilisation des combustibles fossiles d’ici 2035 au plus tard. L’alternative est un avenir ingérable pour l’humanité».

Bilan carbone des Émirats, le pire des exemples
Prétendre à la norme nécessite de la part des candidats une probité dans le discours. Al Gore a pris en défaut le pays hôte à propos de son mensonge : «Voici des sites majeurs d’émissions de gaz à effet de serre» : invité à faire une présentation en salle plénière de la COP28 à Dubaï, l’ex-vice-président américain Al Gore a pointé dimanche le bilan climatique des Émirats arabes unis, pays hôte, allant jusqu’à dénoncer l’empreinte carbone d’Adnoc, dirigée par le président de la conférence, Sultan Al Jaber. Ces nouvelles données, publiées pour l’année 2022 montrent d’ailleurs que les émissions de gaz à effet de serre des Émirats arabes unis ont progressé de 7,54% par rapport à 2021. ‘‘l’Adnoc prétend n’avoir aucune émission de méthane émanant de son transport de pétrole et de gaz’’, on peut les voir depuis l’espace.»(1)

La grande illusion avec des résultats en deçà du minimum attendu
Ensuite et imperceptiblement, le débat a été pris en charge par des déclarations provocatrices et des reculs tactiques du président de la COP 28, à qui il faut reconnaître à défaut de l’honnêteté scientifique, le pouvoir de manipuler les foules. Voici le communiqué : «les États appellent à une transition hors des énergies fossiles dans les systèmes énergétiques, d’une manière juste, organisée et équitable, en accélérant l’action climatique dans cette décennie critique, de manière à atteindre la neutralité d’ici à 2050.» La mystification est de faire croire que mentionner le mot fossile dans le communiqué était suffisant pour calmer tout le monde notamment les petits pays et les ONG. L’accord mentionne une transition «hors des énergies fossiles», avec l’illusion d’un abandon progressif des énérgies fossiles comme le martèle l’AIE pourtant grande défenderesse des pays occidentaux. On l’aura compris, l’accord ne fixe pas d’objectif de «sortie» des énergies fossiles, mais de « transition hors des énergies fossiles». En choisissant le terme de «transitioning away» le texte ne parle plus de «phase-out» («sortie») du pétrole, du gaz et du charbon, «le respect intégral» des principaux engagements volontaires pris à cette COP «ne représente qu’environ 30 % de l’écart qui doit être comblé pour mettre le monde sur une trajectoire compatible avec la limitation du réchauffement à 1,5 °C».(2)

Un accord loin des recommandations du GIEC
Une fois de plus, l’accord est truffé d’éléments de langage dictés par les lobbyistes du pétrole. Mickaël Correia écrit : «la formulation bien éloignée du GIEC qui martèle depuis trois décennies que la «réduction substantielle» des énergies fossiles fait partie des moyens les plus efficaces pour contenir le réchauffement. Il apparaît que si les énergies fossiles sont mentionnées dans une décision finale pour la toute première fois dans l’histoire des COP, elles sont dispensées de tout calendrier de sortie précis et contraignant. Pourtant, les derniers rapports climat de l’ONU ont estimé début novembre que les États prévoient de produire deux fois plus de combustibles fossiles en 2030».(3)

La stratégie payante des compagnies pétrolières de l’Opep et des lobbys
Il est normal que les compagnies pétrolières sans état d’âme font tout pour maximaliser leurs revenus, l’aspect climat est pour eux une perturbation du second degré, certes des initiatives cosmétiques sont signalées çà et là pour verdir leur image, mais au moins ils créent de la richesse à partir de leur savoir. Par ailleurs, au moins 2 456 lobbyistes des énergies fossiles ont été accrédités à Dubaï. Un record dans l’histoire des COP. Le gouvernement français a été jusqu’à intégrer le P-DG de TotalEnergies à sa délégation officielle».
Ce n’est pas le cas des producteurs de pétrole pour qui le pétrole est la seule entrée de devises issue d’une rente sans création de richesse. Dans une lettre qui a fuité dans la presse le week-end dernier, le secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (l’Opep) a demandé à ses vingt-trois nations membres de «rejeter proactivement» tout accord ciblant les énergies fossiles. De même à la 12e Conférence arabe de l’énergie à Doha les ministres de l’Opaep ont exprimé leur rejet des tentatives visant à inclure l’élimination progressive des combustibles fossiles dans le communiqué. Le ministre irakien du Pétrole, Hayan Abdul-Ghani, a déclaré : Les pays arabes sont des pays producteurs de pétrole, pas des pays producteurs d’émissions. L’Arabie saoudite a été l’un des principaux pays à s’opposer à réduire progressivement l’utilisation de combustibles fossiles à fortes émissions».(4)
On l’aura compris, la timidité du communiqué de la COP28 a satisfait les potentats du Golfe mais aussi les grandes compagnies pétrolières qui de fait sont dans le même combat ; tout a été fait pour bloquer le communiqué en imposant le fameux transition away au lieu du phase out du pétrole. Au contraire, les pétroliers et les majors n’arrêtent pas les investissements dans le pétrole et le gaz : «Les grandes manœuvres se multiplient. Après l’acquisition pour 64,5 milliards de dollars de Pioneer Natural Resources par ExxonMobil, c’est maintenant au tour de Chevron de mettre la main sur Hess pour 60 milliards de dollars. Coup sur coup, le Français TotalEnergies et l’Italien ENI viennent de signer avec le Qatar des contrats d’approvisionnements… de 27 ans.»(5)

L’aventure avec les technologies de séquestration du carbone
Dans le même ordre, les technologies de capture du carbone présentées comme le miracle sont brandies par les pétroliers et les États producteurs d’énergies fossiles comme la solution miracle pour sauver le climat pour pouvoir continuer à pomper des hydrocarbures, parient sur les technologies de captage et de stockage du carbone technologie balbutiante et coûteuse. Fatih Birol, le patron de l’Agence internationale de l’énergie, avait rappelé que la capture du carbone relevait du «fantasme» et nécessitait 3 500milliards de dollars d’investissement pour répondre au défi climatique.

Le rôle de sursis pour le gaz naturel
Dire que la sortie des fossiles ne se fera pas sans l’entrée dans les énergies renouvelables. En reconnaissant que «les carburants de transition peuvent jouer un rôle en facilitant la transition énergétique tout en assurant la sécurité énergétique», les ONG estiment que le texte ouvre la voie à une exploitation prolongée du gaz. On sait que les pays occidentaux et notamment l’Europe verdissent le gaz naturel dans leur modèle de consommation et ceci le temps de s’engager plus avant dans les énergies renouvelables. Cela n’empêche pas par ailleurs la mise en place de la taxe carbone qui dépassera les 100 dollars/tonne avant 2030 ce qui va compliquer considérablement le sort des pays mono-exportateurs comme l’Algérie à moins qu’ils entament à marche forcée le plan renouvelable et la production d’hydrogène vert.

L’investissement dans le renouvelable est-il suffisant ?
Près de 120 pays s’engagent à tripler les capacités d’énergies renouvelables dans le monde d’ici 2030. Un engagement non contraignant a été signé par au moins 118 pays, soit plus de la moitié des États représentés à la COP28, montrant l’ampleur du chemin qui reste à accomplir, la liste fournie par la présidence de la COP28 n’inclut pas les plus grands pays producteurs ou consommateurs d’énergies fossiles : Russie, Arabie saoudite, Chine, Iran, Irak, Venezuela, Koweït, Qatar… Fin 2022, les capacités mondiales étaient de 3.372 GW, selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena), dominées par l’hydraulique (37%) et le solaire (31%). Les pays ont également promis de doubler le rythme annuel de progression de l’efficacité énergétique jusqu’en 2030, de 2% à 4%. Ces engagements n’ont toutefois pas de valeur contraignante.(6) Il semble que nous serons toujours loin de la limite de 1,5°C. La paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte déclare : «Les promesses, si elles se réalisent toutes, impliqueraient une baisse de 5 % des gaz à effet de serre à horizon 2030, alors que pour limiter le réchauffement largement sous 2 °C, il faudrait une baisse de 43 %.» Nulle mention de «suppression progressive», comme le demandaient les ONG. L’Opep annonçait le même jour que la demande devrait connaître une croissance saine de 2,2 millions de barils par jour».

Le nucléaire en question à la COP28 : on évite la peste on laisse le choléra
Pour la première fois, le nucléaire est mentionné dans l’accord final comme une énergie pouvant contribuer à lutter contre le réchauffement climatique. Le nucléaire a toujours été passé sous silence mais cette COP l’a ressuscité L’appel volontaire invite à tripler les capacités de l’énergie nucléaire entre 2020 et 2050, parce que «nous savons par la science, la réalité des faits et des preuves qu’on ne peut pas atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 sans nucléaire», selon l’émissaire américain John Kerry. On se souvient du combat de Merkel en Allemagne pour l’exclure du mix énergétique européen elle qui a fait que l’Allemagne a éteint ses 22 réacteurs en les remplaçant par du renouvelable quitte à ce que conjoncturellement elle ouvre une mine de charbon (le choix transitoire entre la peste et le choléra). Un effet d’aubaine la COP 28 s’appuie sur le nucléaire, les Émirats ont réussi à mobiliser sur cette énergie pour atteindre leur objectif de neutralité carbone d’ici 2050 et surtout de se soucier de leur sécurité d’approvisionnement mais surtout des déchets radioactifs qui sont aussi dangereux que les énergies fossiles. Pour information, la capacité nucléaire installée est ~394 GWe avec 438 réacteurs dans 32 pays dans le monde. Si la volonté est de tripler cette capacité d’ici 2050, il va falloir rajouter ~800 GWe c.-à-d. 800 réacteurs d’un GWe ou ~500 réacteurs de 1,6 GWe et cela amène aux alentours de 600 réacteurs à construire en 27 ans, soit de l’ordre de 20 réacteurs/an.

Le financement des «promesses» : le parent pauvre
De manière générale, de nombreuses ONG regrettent que cette COP n’ait pas suffisamment permis d’avancer sur la question du financement de la transition. Les États s’étaient engagés à verser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 aux pays du Sud pour financer la réduction de leurs émissions, le texte final ne fait «qu’exhorter les pays à honorer leur engagement. De nombreux engagements ne survivent que le temps de la COP». Une goutte d’eau dans l’océan de la justice climatique, car le coût des destructions liées au chaos climatique pourrait atteindre les 580 milliards de dollars par an d’ici à 2030. Les sommes promises à cette COP28 pour les pertes et dommages (400 millions de dollars) équivalent à peine au salaire des trois footballeurs les mieux payés au monde.

Et l’Algérie dans tout ça ?
L’Algérie n’échappe pas à ce débat ! Elle est à la fois handicapée par les changements climatiques de par sa position de hot spot (point chaud climatique) mais aussi par d’autres challenges tout aussi importants. Plusieurs défis sont à relever. Selon la Banque mondiale, la vulnérabilité de l’Algérie face aux inondations s’accroît à cause de l’urbanisation rapide et du changement climatique. L’étude a pu établir une moyenne du tribut que paie l’Algérie annuellement aux catastrophes : 127 morts, près de 37 000 personnes affectées et 173,7 millions de dollars de pertes. Chaque année, l’Algérie connaît en moyenne 1,3 évènement catastrophique. Depuis les années 1950, le pays a enregistré 83 catastrophes naturelles ayant fait plus de 8.600 morts et causé des pertes estimées à plus de 11 milliards de dollars. Le nombre total de personnes impactées dépasse les 2,5 millions. Les pertes potentielles pourraient doubler pour atteindre 0,7 % du PIB par an en moyenne, à cause notamment du « potentiel dévastateur d’un événement sismique majeur en contexte urbain et en particulier sur la capitale. La pluviométrie est aussi en baisse, reculant depuis l’année 1900 de 40% à l’ouest du pays, de 30% au centre et de 20% à l’est. «Le changement climatique contribue à augmenter la fréquence et l’intensité des aléas hydrométéorologiques tels que les inondations, les températures extrêmes, les sécheresses ou les feux de forêt».(7)
Dans ces conditions, écrit Ryad Hamamdi : «L’Algérie a déjà fait le choix de se tourner vers le dessalement d’eau de mer. De plus, le pays est appelé à adapter ses structures et système de soins, ses moyens d’intervention, en s’équipant de plus d’avions bombardiers d’eau, ses plans d’aménagement urbain pour réduire les risques d’inondation et ses techniques de construction pour se doter progressivement d’un parc immobilier.»(8)
Enfin, les changements climatiques induisent une sécheresse due à une baisse de la pluviométrie depuis 70 ans et par conséquent à la diminution de la production céréalière ce qui oblige à importer du blé. Le déficit de pluie et l’augmentation de la population de près de 53 millions (+7) feront que la demande alimentaire dans son ensemble sera couverte en grande partie par l’importation et il est prévu que la tonne de blé dépassera les 400 dollars la tonne ! Dans le même ordre, la demande d’énergie sera de plus en plus importante, nous passerons des 50 milliards de m3 de gaz actuel (1 milliard de m3/semaine, soit environ 1 000 m3 : habitant), donc à au moins 70 milliards de m3/an pour l’année 2030. Si on sait que nous produisons 100 milliards de m3 dont nous exportons 52 milliards en 2023, en 2030 la partie exportée sera de plus en plus réduite.
Même si la COP 28 donne un sursis au gaz, se profile à l’horizon la taxe carbone mise en place par l’Union européenne. L’Union européenne abandonnera le gaz pour les énergies renouvelables aussitôt que son plan 55 sera de plus en plus opérationnel. Elle prévoit de dépasser les 50 % renouvelables en 2030. L’Allemagne vient de déclarer qu’elle a dépassé les 50 % renouvelables sans nucléaire ! En Algérie, la part du renouvelable n’a pas dépassé les 2 % avant 2020. Il a fallu qu’en application des orientations des promesses de campagne du président pour qu’un ministère de la Transition énergétique fasse un état des lieux en déclarant que la transition énergétique vers le développement durable était l’affaire de tous. Administrations, entreprises et citoyens. Les efforts remarquables ont amené l’intervention dans les collectivités locales pour l’éclairage public qui a permis de diminuer la consommation de ce secteur d’au moins 50%. De plus, des cahiers des charges de rationalisation de la consommation d’énergie de différents secteurs (habitat, commerce, habitat, transports) ont été lancés. Enfin, le lancement de 1000 MW de la société Schems créée à cet effet en 2021 et des 2000 MW en 2023 ont avancé très rapidement et les appels d’offres ont été ouverts et les premiers mégawatts solaires seront produits en 2024. Cela ne suffira pas à faire face à une demande de consommation en énergie importante en l’absence d’une rationalisation de la consommation notamment par une révision des prix en subventionnant les classes vulnérables directement et non les prix qui profitent, les études le montrent, aux citoyens qui consomment le plus.
Encore une fois, notre rente va devenir de moins en moins suffisante pour répondre au train de vie du pays. Le hors hydrocarbures pour la première fois a fait un bond spectaculaire passant de moins de 2 milliards de $ à plus de 10 milliards en 2023, mais cela ne représente que 20% de la rente.Il faut plus d’efforts !
Il nous faut donc accélérer la recherche d’autres sources de production de richesse. C’est un fait que les deux grands chantiers de cette mandature sont sans conteste, le projet phosphate qui permettra à l’Algérie de vendre de plus en plus des engrais phosphatés à forte valeur ajoutée et le gigantesque projet de Gara Djebilet qui était un rêve depuis 60 ans et qui permettra de projeter l’Algérie dans le club des pays du fer et de l’acier, selon la formule de Boumediene. Dans cet ordre, le président Abdelmadjid Tebboune a souligné l’importance stratégique du phosphate. Selon le chef de l’État, l’Algérie n’a pas d’autre choix que de développer cette filière devenue hautement stratégique. «Ça devient le produit (les engrais) le plus stratégique au monde, plus que le gaz et le pétrole. Celui qui détient les engrais détient pratiquement un pouvoir de décision énorme», expliquant que si les prix des produits agricoles sont assez élevés, «c’est à cause des prix des engrais qui se sont envolés». Exporter avec une forte valeur ajoutée est la nouvelle stratégie de l’Algérie, pour toutes les industries d’extraction. Cela est valable aussi pour les phosphates. «Il faut arrêter toute exportation du brut. Dès qu’on aura terminé avec le projet de phosphate d’Annaba, il faut penser à une très forte intégration. Il faut aller vers les produits dérivés.»(9)
Ce développement endogène permettra aussi à l’Algérie de développer un réseau de chemin de fer à l’échelle de tout le pays qui permettra, sans conteste, le développement du Sud agro-industriel avec aussi la création de villes nouvelles à partir du moment où on dispose de l’electricité renouvelable. Cependant, le temps travaille contre nous ! Il nous faut mettre les bouchées doubles pour qu’à partir des années 2030, l’hydrogène vert et l’ammoniac vert prennent graduellement la place du gaz laissé aux générations futures sur les trois prochaines décennies même après 2050 si d’ici là les méthodes de séquestration du CO2 sont opéraitonnelles, ce qui sera une bonne nouvelle. Il n’y a pas de miracles, le Plan hydrogène ne doit pas souffrir de retard ; l’apprentissage sur un électrolyseur de 50MW est certes une bonne chose, mais il ne doit pas nous interdire de rapidement trouver les partenaires (Chine, Allemagne, Etats-Unis) à même de nous accompagner pour réussir le Plan H2, NH3 vert.

Nécessité de la mise en place d’un modèle énergétique
Le moment est venu de prévoir l’avenir à travers un modèle énergétique pour les dix prochaines années. Un premier pas a été fait par la mise en place du Haut Conseil de l’énergie présidé par le chef de l’État. Justement, le modèle énergétique flexible sera une véritable boussole pour le président ; il aura à préparer les décisions à la fois sur le temps long et celles rendues nécessaires par l’urgence des situations. Avec un cap flexible, l’Algérie saura ce qu’elle a à dire et de mon point de vue, l’Algérie n’a pas à jouer au bon élève face à l’Union européenne (UE). Le temps nous est compté et les enjeux sont énormes dans un environnement international chaotique. Notre pays n’a pas à alimenter la rive nord de la Méditerranée en gaz naturel, sans une contrepartie en gain d’énergie renouvelable. «Il faut tout faire pour mettre en place le plan solaire et éolien et le plan H2NH3 vert, et aller vers une base de négociation franche, dans l’esprit du principe gagnant-gagnant, qui permettra à l’Algérie d’amorcer sa transition énergétique et d’affirmer la vision avec laquelle elle appréhende son futur énergétique.

Conclusion
À l’échelle de la naissance supposée de la Terre, 5 milliards d’années, l’apparition de l’homme est tardive. Très tardive. Sa présence représente 2 à 3 minutes sur une horloge de 24 heures. La Terre a donc fonctionné sans l’homme. Elle s’en remettra après la sixième extinction qui ne serait pas due à un météore, mais à l’homme. L’énergie est un enjeu citoyen du monde. Devons-nous attendre qu’il soit trop tard pour agir ? Comme le rappelle Albert Jacquart dans L’équation du nénuphar : «C’est la progression selon la raison géométrique et non arithmétique. Si un nénuphar est planté dans un lac, et se multiplie d’un facteur 2 tous les jours, que se passe-t-il? Disons par exemple qu’en 30 jours, le lac sera entièrement recouvert de nénuphars qui se retrouveront privés d’espace et de nourriture, et ainsi mourront. (…) Le 28e jour c’est environ 25%, le 29e jour, 50% et la totalité le 30e jour. Ceci veut dire que la catastrophe ne devient évidente et inévitable que les derniers jours du cycle.»(10)
On accuse souvent les pays occidentaux d’hubris et de mensonge, il n’en est rien comparé à l’hubris qui repose sur du vent des roitelets du Golfe avec des sabres nains. Le vertige du dollar a eu raison de la rationalité de ces pays pour qui on peut tout acheter avec lé pétrole, remettre en cause les travaux du GIEC, se permettant de dénigrer la science, mieux encore, en trichant et en faisant de fausses déclarations concernant les émissions de méthane et de CO2. La COP28 détient désormais le nombre record de lobbyistes du pétrole, avec près de 2 500 personnes, soit 4 fois plus qu’à la COP27. L’avenir de la planète est confié à un pays pyromane, les Émirats arabes unis, qui joue au pompier et propose de sauver la planète. En fin de compte, le ministre émirati de l’Énergie déclare : «c’est la demande qui décidera et dictera quel type de source d’énergie permettra de répondre aux besoins énergétiques mondiaux croissants.» En clair, le climat ne décide pas des énergies à consommer mais c’est la demande, autrement dit la liberté du renard dans le poulailler. On comprend qu’en même temps qu’il enfume les participants par un communiqué sans épaisseur, il annonce qu’il poursuivra ses investissements dans le pétrole et le gaz à hauteur de 150 milliards de dollars dans les sept années à venir, indique The Guardian.(11)
La civilisation du toujours plus, mantra des pays développés, et l’ébriété énergétique sont à des années-lumière de la sobriété énergétique. Ils nous faut aller vers une décroissance vertueuse qui puisse permettre à chaque habitant de la planète de prétendre à une vie digne avec des droits élémentaires au nom du développement humain durable qui ne laisse personne sur le bord de la route. Il n’y a qu’un gouvernement mondial, un conseil de sécurité de l’humanité. Il faut sortir de la culture du secret en posant sur la table l’avenir de la planète et définir enfin les conditions d’un débat mondial démocratique et informé, qui associe concrètement tous les humains, l’objectif étant triple, une justice climatique et énergétique, une énergie verte. Et, par-dessus tout, la conviction que nous sommes tous sur le même bateau Terre que nous devons mener à bon port. Nous n’avons pas de planète de rechange. Il est plus que temps de donner corps à la nécessité d’un sauvetage de la planète par la mise en place, comme je l’ai proposé à Charm el Cheikh en novembre 2022, d’un conseil de sécurité de la vie sur Terre (CSVT,) Earth Life Safety Advice (ELSA), à même de faire entendre raison aux pyromanes qui méprisent les damnés de la Terre.
C. E. C. 

1.https://www.lalibre.be/planete/environnement/2023/12/03/cop28-invite-a-faire-une-presentation-lex-vice-president-americain-al-gore-epingle-les-émirats-pour-leur-bilan-carbone-YRWJ4NBBUFESPHXBMV373XUNFA/ 04-12-2023,
2.Julie de la Brosse, https://www.la-croix.com/planete/cop28-les-principaux-points-de-l-accord-20231213
3.Mickaël Correia https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/131223/cop28-un-accord-en-deca-de-l-urgence-climatique? 13 décembre 2023
4.https://dzayerinfo.com/une-decision-historique-des-ministres-arabes-de-lenergie-et-du-petrole/
5.https://www.transitionsenergies.com/cop28-baisse-baril-mauvaise-semaine-opep/1412 2023
6.https://www.lalibre.be/planete/environnement/2023/12/02/cop28-116-pays-sengagent-a-tripler-les-capacites-denergies-renouvelables-dans-le-monde-dici-2030-OA5HLSVISZGF5MVCLGO3APTH7M/
7.Ali Idir https://www.tsa-algerie.dz/lalgerie-confrontee-a-trois-risques-majeurs-selon-la-banque-mondiale 13 Déc. 2023
8.Ryad Hamadihttps://www.tsa-algerie.dz/lalgerie-dos-au-mur-face-au-changement-climatique/
9.Riyad Hamadi https://www.tsa-algerie.dz/engrais-tebboune-devoile-les-ambitions-de-lalgerie-et-accuse 16 Déc. 2023
10.http://carfree.fr/index.php/2010/06/14/lequation-du-nenuphar/
11.https://blogs.mediapart.fr/semcheddine/blog/161123/la-zerda-de-la-cop-28-un-echec-acte-et-un-avenir-sombre-pour-la-terre

Source : Le Soir d’Algérie

La COP28 ou le dernier clou sur le cercueil d’une illusion pour sauver la planète